« Reductio ad Arma », l’arme politique US des mains des révolutionnaires à celles des terroristes

De la propagande anti-armes de masse à la publicité pour les fusillades de masse. Le drame à venir de l’autoprophétie.

Vous connaissez le principe de la « Reductio ad Hitlerum », ce principe qui consiste à détruire les arguments d’un adversaire politique -et par extension l’adversaire lui-même- en les réduisant à n’être qu’une rhétorique d’essence hitlérienne.

Aux Etats-Unis, et dans le monde anglo-saxon (Royaume Uni, Australie notamment), est entretenue depuis des décennies une tactique de la même eau au sujet de la question de la sûreté, qui commence à porter ses fruits outre atlantique : la « Reductio ad Arma ». Je ne suis pas latiniste, vous me pardonnerez si le terme « arma » n’est pas le bon. Il s’agit là de réduire le débat de la sûreté qu’aux armes. L’idée est d’ancrer que l’arme elle-même engendre la violence, donc la constitution américaine elle-même qui en protège leur accès l’engendre. C’est une extension logique du concept de l’individu ni responsable ni coupable des violences qu’il commet. C’est la société -mauvaise car non basée sur un modèle « juste » socialement- qui a créé les criminels de part son injustice. Il suffit de ne pas vouloir renverser le système en place pour devenir les vrais coupables, aux yeux des tenants de cette idée qui marche avec tout. Les anglais interdisent les couteaux…

Le gain politique est évident avec un adversaire diabolisé, des droits constitutionnels délégitimés : il faut faire la révolution car le système oppresse tel/telle classe/groupe/genre/sexe/race… par tel/telle autre, patati patata et le peuple a donc besoin de désarmer jusque dans leurs campagnes les coupables rednecks qui veulent garder leur droit à tout prix.

Qu’importe que le raisonnement soit fallacieux ou le droit etc, soyons clairs : ce n’est pas une moindre violence de la société actuelle qui est visée, c’est l’avènement d’une société future « juste » en renversant la présente.

Une révolution.

Le phénomène de société exploité n’est qu’une excuse. L’émotion précède la raison. La raison se débrouille ensuite avec ce qu’elle a sous la main pour que ça ressemble à quelque chose. C’est le conditionnement nécessaire à toute révolution : par la répétition associer un type d’événement à une émotion, créer une vérité en la faisant ressentir 1 000 fois. Vous connaissez les mots du nazi Goebbels au sujet du mensonge qui répété 1000 fois « se transforme en vérité ».

Et rien de tel pour valider la « Reductio ad Arma » -le fait que l’arme engendrerait la violence- que l’arbre sacré des chaînes d’info : les mass-shootings (fusillade de masse) américains. Arbre qui cache la forêt des citoyens s’étant défendus des criminels avec une arme, la libéralisation du port et l’augmentation du nombre d’armes concomitantes avec la baisse de la criminalité, ou les autres pays où il n’y a pas plus de corrélation entre les armes et la criminalité, et tout ce qui pourrait remettre en cause le dogme.

« Les armes c’est mal ». « Les armes tuent ». « Les armes c’est le farwest aux Etats-Unis ». « Untel est coupable ». « Il faut faire quelque chose ! » (révolutionner le système des ennemis du peuple).

J’imagine que vous percevez bien ce qu’est cette « Reductio ad Arma » avec le traitement médiatique de l’actualité US sur nos propres médias d’information.

Et ce levier vient d’être sciemment et explicitement utilisé par un terroriste, comme je l’expliquais ici, avec la logique qui se mettait en place : Et pourquoi pas proposer les terroristes au Prix Nobel de la Paix ?

Ce terroriste a, en Nouvelle-Zélande, attaqué une mosquée spécifiquement avec des armes à feu pour profiter de l’exposition médiatique supérieure et augmenter les tensions entre pro et anti-armes. Il espère ainsi créer les conditions nécessaires à l’éclatement des Etats-Unis (racialement selon lui). La « Reductio ad Arma » a fonctionné à plein : la Nouvelle-Zélande, un des pays les plus paisibles du monde depuis des décennies et connaissant que très très peu de crimes par armes à feu, qui était devenu par conséquent libéral pour leur accès, a plongé dans le piège la tête la première dès sa première fusillade de masse en annonçant le désarmement de sa population innocente.

Les faits sont là : la « Reductio ad Arma » est un outil politique révolutionnaire fonctionnel, et ainsi depuis la Nouvelle-Zélande, il l’est devenu explicitement aussi pour les terroristes .

Les mass-shootings américains, avec un effet loupe très bien entretenu en amont (cherchez les US dans le tableau ci-dessous) et le phénomène s’aggravant, nourrit le levier politique en passe de réussir via les « Red Flag Laws ». Des lois ouvrant la voie à l’interdiction d’accès aux armes et la confiscation de ces dernières. Même des républicains, supposés être des défenseurs de leur Second Amendement, les appuient.

Mon point est que la réussite du terroriste en Nouvelle-Zélande rendra ces mass-shootings, transformés en levier politique, de facto systémiques et que nous ne sommes qu’au début du phénomène.

Une nouvelle attaque dans un Walmart du Texas contre les Mexicains par un terroriste évoquant celui de Nouvelle-Zélande vient déjà d’avoir lieu.

Le changement de paradigme pourrait se mettre en marche et je ne vois rien qui puisse l’arrêter. Les terroristes de type séparatiste ont probablement compris l’intérêt, en allant tuer des innocents avec une arme à feu, de rendre tangible le mensonge répété 1 000 fois.

Les intérêts des extrêmes sont devenus convergeants et cela fait perdre aux tenants de la Constitution la main. Pour la récupérer ils se lanceront dans les « accommodements raisonnables », les « Red Flag Laws », qu’ils présenteront comme nécessaires alors que ce n’est qu’un sauve qui peut politique, une compromission qui aboutira au désarmement des innocents qui ne pourront plus qu’être des victimes sans rien changer pour ceux qui ne respectent pas la loi.

Comment pourrait-on résumer cela ? Qu’à devoir choisir entre perdre la main et le déshonneur les tenants de la Constitution choisissent le déshonneur mais perdront aussi la main ?

Trahie, leur base se révoltera-t-elle ?

Sécession ? Autoritarisme ? Je ne suis en rien un spécialiste des US, mais de ma lorgnette lointaine de militant pro armes, diable ! Que cela rappelle les prémisses de grands troubles…